Lundi 18 Février 2019

Veillez et priez

    En la conduite de votre vie, marchez invariablement en esprit de simplicité, abandonnant et remettant toute votre âme, vos actions et ce qui vous arrive au bon plaisir de Dieu, par un amour de parfaite et très absolue confiance, vous en remettant au soin et à la merci de l'amour éternel que la divine Providence a pour vous.

    Jetez bien tout votre cœur, vos prétentions, vos sollicitudes et vos affections dans le sein paternel de Dieu, et il vous conduira, et même vous portera où son amour vous veut.

    Entendons et imitons le divin Sauveur qui chante les souverains élans de son amour sur l'arbre de la croix ; il les conclut tous : Mon Père, je remets et recommande mon esprit entre vos mains. Après que nous aurons dit cela, que reste-il, sinon d'expirer et mourir de la mort de l'amour, ne vivant plus à nous-mêmes, mais Jésus-Christ vivant en nous ?

    Alors, tous les événements et variétés d'accidents qui surviennent sont reçus doucement et suavement ; car, celui qui est entre les mains de Dieu et qui repose dans son sein, qui s'est abandonné à son amour et qui s'est remis à son bon plaisir, qu'est-ce qui le peut ébranler et mouvoir ? Certes, en toutes occurrences, sans s'amuser à philosopher sur les causes, raisons et motifs des événements, il prononce de cœur ce saint acquiescement du Sauveur : Oui, mon Père, car ainsi a-t-il été agréé devant vous.

Saint François de Sales (1567-1622), Lettre à Jeanne de Chantal, Jeudi Saint 1616

MÉDITER :

    « Prenez garde, veillez ! » nous dit la liturgie. Le chrétien se sait dans une situation provisoire : la victoire du Christ sur la mort est acquise depuis Pâques, mais il nous reste à « tenir solidement jusqu’au bout », comme saint Paul nous y exhorte.

    Cette vigilance est « un amour de parfaite et très absolue confiance », car Dieu conduit l’Histoire à travers « tous les événements et variétés d’accidents qui surviennent ».

    Et parce qu’elle est confiante, cette vigilance s’applique à vivre dans un accord parfait avec « Jésus-Christ vivant en nous » : notre temps de prière nous fait reprendre l’élan de notre baptême, à la rencontre de Celui qui vient.

 

L'Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

    Né en 1567 au château de Thorens, entre Annecy et Genève, aîné d’une ancienne et noble famille savoyarde, saint François de Sales était destiné à une brillante carrière politique. Malgré les réticences de son père, après ses études à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et devient bien vite un modèle de pasteur réformateur dans l'esprit du Concile de Trente. Sa patience et sa douceur ramènent au catholicisme le nord de la Savoie, la force de sa prédication raniment la ferveur de son diocèse dont il devient l’évêque en 1602, la profondeur et l’intelligence de son enseignement en font le grand éducateur des âmes du XVIIe siècle. Par ailleurs, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’amitié spirituelle du fondateur et de la fondatrice, telle qu’en témoigne leur magnifique correspondance, fait partie des plus belles pages de l’Histoire de la sainteté. Se dépensant sans compter sur tous les terrains malgré une santé fragile, François achèvera sa vie à Lyon le 28 décembre 1622.

    L'activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement "grand public" (dans l'Introduction à la Vie dévote, le plus diffusé des ouvrages de formation chrétienne à l’époque moderne, et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu, qui l’impose comme un immense théologien.

    Directeur spirituel, prédicateur, conseiller du pape et des princes, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !