Samedi 24 février 2018

Ennemi

« Aimez vos ennemis ! » Deuxième lecture, de l’évangile selon saint Matthieu

   L’ennemi, le vrai, est celui qui ne veut pas nous aimer, qui veut même ne pas nous aimer, et qui fera ce qu’il pourra pour nous le montrer. Or, c’est pour celui-là que Jésus a donné sa vie, et c’est à celui-là qu’il nous invite à donner la nôtre :
   Ce doux Agneau, le plus persécuté et le plus maltraité d’entre tous les hommes, n’a jamais appelé aucune créature mortelle du nom d’ennemi ! Il appelle Judas son ami, au moment même où il trame contre lui la plus perfide et exécrable trahison qui fût jamais. On le calomnie contre toute raison, on l’accuse faussement, on le méprise à tort, on lui crache au visage par indignation, on le fouette par risée, on le couronne d’épines par moquerie, on le traite outrageusement, on le fait enfin mourir avec ignominie, et parmi tout cela il n’a que des pensées d’amour pour ceux qui le traitent de la sorte, il les excuse, il ne parle que de pardon et de réconciliation pour eux auprès de son Père.

Jean-François de Reims († 1660),
Exercice de la Présence de Dieu, II, II, 2

   Trop difficile pour nous ! pensera-t-on. Et pourtant, ce qui est vrai de Jésus doit l’être de son disciple, et le carême est fait pour peu à peu entrer dans toutes les exigences de notre baptême. Commençons par un premier pas : renoncer à la vengeance, car
   L’homme animé de l’esprit de discorde et de haine, fût-il mis à mort pour le nom de Jésus-Christ, saint Paul nous assure qu’il ne pourrait expier son crime ; car il est écrit : « Celui qui hait son frère est un homicide ; or, un homicide ne peut ni arriver au royaume du ciel ni vivre en Dieu », nous dit saint Jean. Peut-il être avec le Christ, celui qui a préféré imiter Judas que le Christ ? Quelle tache, mes frères, que celle que le baptême du sang ne peut laver ! Quel crime que celui qui ne peut être expié par le martyre !

Saint Cyprien de Carthage (200- 258),
Sur l’Oraison dominicale, 3

   Continuons par un second pas : pardonner, même si ce n’est pas encore complètement aimer ses ennemis. Il nous faudra sans doute du temps pour cela, car
   Seuls les enfants de Dieu les plus parfaits atteignent cet idéal, où chaque fidèle doit aspirer en substituant aux faiblesses humaines ce divin sentiment, à force de prières, de luttes et de victoires intérieures. Il se rencontre moins de personnes qu’on pourrait le croire qui aient le magnifique privilège de dire avec vérité : « Remets-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs. » Toutefois ce voeu est rempli, sans aucun doute, quand, trop imparfaits encore pour aimer notre ennemi, nous cédons à ses prières et lui pardonnons sincèrement les offenses que nous en avons reçues.

Saint Augustin (354-430),
Traité de la foi, de l’espérance et de la charité, 73

MÉDITER :

 

L'Auteur :

Jean-François de Reims († 1660)
   D’une famille d’hommes d’Église de Reims, Jean-François Dozet incarne le rôle considérable des capucins dans le renouveau mystique du XVIIe siècle français. Il fut prédicateur et directeur spirituel en divers couvents de Champagne et de Paris.

Cyprien de Carthage (Saint, † 258)
   Berbère converti au christianisme, Cyprien devient évêque de Carthage avant de finir exilé puis martyr. Il laisse une oeuvre théologique importante dont s’inspirera saint Augustin.

Augustin (Saint, 354-430)
   Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Converti par la prédication de saint Ambroise, il est évêque d’Hippone en 395.