Samedi 4 décembre 2021

"Tu adoreras un seul Dieu."

La tentation des idoles…

   Nous ne sommes pas créés à l’image des créatures, mais à l’image du Créateur. Voilà pourquoi, même si Dieu nous a établis dans un merveilleux paradis, rien ne saurait réellement nous satisfaire dans la création. Le drame du péché est d’avoir fait de ce paradis une prison, car
   Il faut savoir que l’affection et l’attachement de l’âme à la créature, rend cette âme égale à la créature ; et plus l’affection est grande, plus elle la rend égale et semblable à elle, car l’amour produit une ressemblance entre celui qui aime et celui qui est aimé. Et ainsi, celui qui aime une créature basse, demeure comme cette créature, et en quelque manière, plus bas encore, parce que l’amour non seulement rend égal, mais soumet aussi l’amant à ce qu’il aime. Et de là vient, du fait même qu’elle aime quelque chose de bas, que l’âme se rend incapable de la pure union et transformation divine.
   « La pure union et transformation divine » : telle est notre vocation. Nous parlions hier d’un « branchement » sur la vie divine : c’est par là, par cette priorité continuelle donnée à Dieu, que nous vivrons divinement et deviendrons Dieu :
   Aimes-tu la terre ? Tu seras terre. Aimes-tu Dieu ? Tu seras Dieu ! Si, donc, vous voulez être des dieux et des enfants du Très-Haut, n’aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde, car le monde passe avec les désirs mauvais, tandis que « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (I Jn 2, 15), comme éternellement Dieu lui-même demeure.

Saint Augustin, Sur la 1ere lettre de saint Jean

   Dire cela étonne bien des chrétiens ! On laisse à d’autres la « pure union et transformation divine », on dira que c’est exagéré, qu’il faut faire la part des choses, que tout le monde n’est pas fait pour entrer au monastère, etc. Et l’on s’en autorise pour oublier la nécessaire remise en ordre de notre vie en fonction du premier commandement. Ce malentendu nous sert trop souvent d’excuse, car
   Quand on vous dit : n’aimez point le monde, on ne vous dit pas : ne mangez pas, ne buvez pas, n’engendrez pas d’enfants. Non, on ne vous dit pas cela, mais : mettez de l’ordre et de la mesure dans ce à quoi vous êtes attachés, de telle sorte que l’attrait des créatures ne fasse point de vous des esclaves, car vous ne les avez reçues que pour vous en servir.

Idem

   Le temps de l’Avent nous invite à démasquer les faux dieux auxquels nous donnons la première place dans nos vies. Nous qui avons le privilège de connaître le vrai Dieu,
   Cherchons Dieu, cherchons uniquement Dieu ; lui seul peut satisfaire tous nos désirs. Autrefois, le démon prenait le masque de Dieu, se représentant aux païens dans les idoles, comme l’auteur et la fin de tout ce qui est au monde. Les créatures font à peu près de même. Elles prennent le masque de Dieu, nous faisant croire qu’elles nous contenteront en nous donnant de quoi nous remplir. Mais tout ce qu’elles nous donnent ne sert qu’à augmenter notre vide.

Louis Lallemant, Doctrine spirituelle

MÉDITER :

L´Auteur :

Augustin (Saint, 354-430)
   Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Converti par la prédication de saint Ambroise, il est évêque d’Hippone en 395.

Lallemant (Louis, 1588-1635)
   Champenois, jésuite, Louis Lallemant sera le formateur à Rouen et à Bourges de ses jeunes confrères, notamment des martyrs du Canada et de mystiques tels que les Pères Surin et Rigoleuc.