Mercredi 8 avril 2020

Mercredi Saint

Ensevelis avec le Christ, ressuscités avec lui : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. » (Is 50, 6)

La logique de la Passion

   La liturgie de ce jour nous montre le Messie s’offrant librement aux outrages qui vont le conduire à la mort. Pourquoi ne s’est-il pas défendu ? Pourquoi n’a-t-il pas au moins résisté ? Mystère de Dieu qui a choisi de mettre ses pas dans les nôtres ; la seule chose qui comptait pour lui était de n’être pas, de n’être plus, séparé de nous :
   Son heure allait venir, à laquelle il ne serait pas contraint de mourir, mais il accepterait d’être tué. En effet, lui savait quand il devrait mourir ; sa Passion viendrait dans l’ordre de ce qu’il avait disposé, et non selon la nécessité du destin. C’est quand il l’a voulu qu’il est venu vers les hommes, quand il l’a voulu qu’il a vécu parmi eux, quand il l’a voulu qu’il est mort selon la chair : cela fut selon sa puissance, non pas selon la nécessité.

Saint Augustin (354-430), Sur saint Jean

   Jésus savait ce qui allait lui arriver, mais ne l’a pas recherché. Il ne défend pas l’injustice qui lui est faite, et devant Pilate il revendiquera d’être « témoin de la vérité » ; mais il voit plus loin que le supplice qui l’attend, en restant inconditionnellement fidèle à ceux qui, comme Judas, le trahiraient, ou comme Pierre, l’abandonneraient.
   Jésus-Christ a souffert de la part de ses ennemis tous les genres de persécutions. Il ne leur a opposé que son innocence et la vérité ; il a laissé agir leurs passions, il s’est tu quand il les a vus obstinés dans leur malice ; il n’a pas cherché à se justifier, ce qui lui était si aisé ; il s’est laissé condamner ; il leur a pardonné, il a prié, il a versé son sang pour eux.

Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures

   Dès lors, la trahison des uns et la lâcheté des autres n’empêchera plus cette union entre lui et nous qui est la seule chose qui compte à ses yeux :
   Tout d’un coup cette parole divine s’imposa à mon âme : « Mon amour pour toi n’a pas été une plaisanterie ! »
   Ces mots me frappèrent d’une douleur mortelle, car les yeux de mon âme s’ouvrirent aussitôt, et j’ai vu à quel point ce qu’ils disent est vrai. Et j’ai vu ce qu’a opéré cet amour, j’ai vu tout ce que ce Fils de Dieu a fait par cet amour, j’ai vu tout ce qu’a supporté dans sa vie et dans sa mort cet Homme-Dieu, passionné de cet amour indicible, de cet amour d’entrailles.

   Et si j’ai vu tout ce qu’a opéré la tendresse infiniment vraie de cet amour, si j’ai compris que ces paroles étaient infiniment vraies en lui, et que ce n’est pas par plaisanterie, mais par une tendresse parfaite et qui lui tenait aux entrailles qu’il m’a aimée, j’ai vu aussi tout le contraire en moi, car moi je ne l’aime pas vraiment, mais plutôt par plaisanterie. Et voir cela m’était une peine mortelle, une douleur si intolérable, que j’ai cru en mourir.

Sainte Angèle de Foligno (1249-1309), Méditation X

MÉDITER :

 

L'Auteur :

Augustin (Saint, 354-430)
   Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Converti par la prédication de saint Ambroise, il est évêque d’Hippone en 395.

Grou (Jean-Nicolas, 1731-1803)
   Né à Calais, Jean-Nicolas Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. La Révolution française l’exile en Angleterre à partir de 1792.

Angèle de Foligno (Sainte, 1249-1309)
   D’une riche famille d’Ombrie, mariée jeune, Angèle mène une vie mondaine jusqu’à sa radicale conversion vers 40 ans, au contact des milieux franciscains. Favorisée de visions et autres phénomènes spectaculaires, elle vivra désormais dans la plus extrême pauvreté et pénitence.