Lundi 20 Août 2018

Prier : du temps perdu ?

    Chose étonnante ! Le démon médite jour et nuit pour me perdre, et on ne voudra pas que je médite une heure par jour pour me sauver ! On veut que je sois homme, c'est-à-dire un être raisonnable, et je ne serai plus qu'un être sans raison dès que je commencerai à raisonner et à réfléchir sur ce qui fait le plus digne objet de mes raisonnements et de mes réflexions ! On veut que je pense, et dès que je penserai seul et que je me séparerai de la foule pour penser en liberté, je serai un misanthrope ! Les recherches sur la nature donneront à un homme le nom de savant, et les recherches sur la divinité et sur la vertu ne feront regarder un chrétien que comme on regarde ces hommes entêtés d'un art imaginaire, qui dessèchent leur cerveau à chercher la pierre philosophale ! Quelle pitié ! Quel siècle ! Quels gens !

    Il n'importe : dès que c'est le service de Dieu et la piété qui nous attirent ce prétendu ridicule, qui nous fera toujours honneur devant les gens sensés et qui nous méritera des récompenses devant Dieu, il est glorieux de déplaire à ceux à qui la piété ne plaît pas. Et puisqu'ils nous regardent comme ces bonnes gens qui ruinent leur santé et leur fortune à chercher la pierre philosophale, faisons-leur voir que notre travail n'est pas vain, et que nous l'avons trouvée bien mieux que les plus célèbres alchimistes, puisqu'ils n'ont prétendu trouver que le secret de transmuer les métaux, et que nous avons celui de convertir tout, jusqu'à nos paroles et nos pensées en or pur, c'est-à-dire en charité et en mérite éternel.

Ambroise de Lombez (1708–1778), Lettre 31

MÉDITER :

    Nous pensons facilement que nous serons forcément sauvés : le Bon Dieu est si bon ! Lui, oui, mais nous ? La grande question est bien celle de notre vie éternelle, qui sera ce que nous aurons choisi à travers les choix quotidiens de notre vie temporelle : "Aime et fais ce que tu veux !" nous dit saint Augustin, mais pour ajouter aussitôt : "Tu veux la terre ? Tu seras terre ! Tu veux Dieu ? Tu seras Dieu !"

    Que je médite une heure par jour pour me sauver ! Il s'agit bien d'un enjeu  "Je n'ai pas le temps de prier !" Cette mauvaise excuse est la plus courante, alors que nous avons toujours le temps de regarder la télévision, de lire le journal ou de pratiquer notre sport favori. La question est ailleurs : que nous soyons ou non très chargés d'obligations professionnelles ou familiales, est-ce que nous conduisons notre vie en prenant les moyens de suivre le Christ, ou bien est-ce que nous nous contentons de vivoter au jour le jour dans la facilité d'une existence "religieusement correcte", et dont tout le mérite est de ne pas se remettre en question ?

 

L'Auteur :

Ambroise de Lombez (1708-1778)

Né dans une noble famille du Gers, Jean de Lapeyrie entre à 16 ans chez les Capucins. Son intelligence, son érudition et sa vie intérieure le feront remarquer comme professeur et confesseur, à Saint-Sever (Landes), puis à Bagnères, Auch et Luz dans les Pyrénées. Supérieur avisé, il permettra aux capucins d’échapper aux suppressions de la plupart des congrégations à la fin de l’Ancien Régime.