Vendredi 25 septembre 2020

Jeûner avec le Christ

   Pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils pas leur Tête ? Si nous avons reçu les biens de cette Tête, pourquoi n’en supporterions-nous pas les maux ? Voudrions-nous rejeter ses tristesses tout en ayant part à ses joies ? S’il en est ainsi, nous nous montrons indignes de faire corps avec cette Tête. En effet, tout ce que le Christ a souffert, c’est pour nous. Si nous sommes paresseux pour collaborer avec lui à l’œuvre de notre salut, en quoi par la suite pourrons-nous prétendre lui être associés ? Ce n’est pas extraordinaire de jeûner avec le Christ, quand on s’assoit ensuite avec lui à la table du Père ; ce n’est pas extraordinaire pour un membre de souffrir avec la tête, alors qu’il sera glorifié avec elle : heureux ce membre qui aura adhéré en tout à cette Tête, et l’aura suivie partout où elle ira. Autrement, s’il lui arrivait d’en être coupé et séparé, il serait forcément privé aussitôt du souffle de vie.

   Pour moi, adhérer en tout point à toi est un bien, ô Tête glorieuse et bénie dans les siècles, sur laquelle les anges aussi se penchent avec convoitise. Je te suivrai partout où tu iras : « Si tu passes par le feu, je ne serai pas séparé de toi, et je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi » (Is 43, 2). Tu portes mes douleurs et tu souffres pour moi ; toi, le premier, tu passes par l’étroit passage de la Passion, pour offrir une large entrée aux membres qui te suivent.

Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), Sermon 1 sur le Carême

MÉDITER :

   Les vendredis, nous sommes au désert avec Jésus : avec lui, et pas seulement comme lui, car le chrétien est membre du corps du Christ (I Co 12), si bien que ce n’est pas extraordinaire pour un membre de souffrir avec la tête. Jeûner améliore sans doute nos performances morales ; mais si le chrétien jeûne, c'est d'abord parce que Jésus a jeûné, et qu'en chacun de nous, ses disciples, se perpétue ce qu'il a commencé à vivre voici vingt siècles.

   Dans la nuit de Pâques, nous redisons le oui à Jésus de notre baptême, c'est-à-dire cette adhésion à sa personne qui nous rend membres de ce corps, membres de l'Église, et qui nous fait passer par où déjà il est passé.

L'Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)

Né en 1090 dans une noble et nombreuse famille bourguignonne, après avoir fréquenté l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine où il aura reçu une excellente culture classique, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112, accompagné d’une trentaine de ses cousins. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, cette première abbaye « cistercienne » s’est détachée de Cluny pour vivre de plus près les observances de la règle de saint Benoît : face à la magnificence de Cluny, Cîteaux recherche une vie simple, une architecture sobre et une prière plus intérieure. Bientôt abbé de Clairvaux, fondation de Cîteaux à côté de Bar-sur-Aube, Bernard sera en fait le vrai propagateur de ce renouveau monastique. Le succès en est énorme, et notamment les cinq frères de Bernard le rejoignent à Clairvaux, qui sera à l’origine de 341 filiales à la mort de Bernard en 1153 ! En même temps que rénovateur de la vie monastique, Bernard, « le dernier des Pères de l’Église », dit-on parfois, aura une importance considérable dans la littérature occidentale : ses sermons sur le Cantique des cantiques, associant les commentaires des Pères grecs aux thèmes courtois des troubadours de son époque, fondent pour les siècles suivants une nouvelle façon de parler de l’expérience de Dieu. Par ailleurs prédicateur populaire, conseiller des rois et des papes, arbitre des conflits de son époque, Bernard fut un personnage immense, comparable à un saint Augustin pour son influence sur le cours de l’histoire de l’Église.