Dimanche 8 décembre 2019

Deuxième DIMANCHE DE L’AVENT

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche ! »(Mt 3, 2)

Faut-il vraiment se convertir ?

   Se convertir est céder à la séduction que Jésus exerce sur nous. On ne se convertit pas par peur d’être puni, mais on se convertit comme on tombe amoureux : quand on a rencontré l’amour de sa vie, on ne supporte plus de vivre pour ce qui n’en vaut pas la peine. La punition serait de renoncer à aimer pour continuer comme avant. Voyez Zachée dans l’Évangile ; à peine Jésus l’a-t-il appelé qu’il met de l’ordre dans sa maison et change de vie : « Voici, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » (Lc 19, 6 s)
   Le motif de la crainte n’est pas celui qui doit dominer dans la vie du chrétien ; ce n’est pas l’intention de Dieu, il mérite d’être servi par des motifs plus relevés, et le coeur humain est fait pour être conduit par l’amour. L’amour est le seul sentiment vraiment digne de Dieu.
   Mais on ne peut pas demander la joie d’abord, et l’amour ensuite : c’est dans la confiance, dans la foi, que l’on expérimente la joie, car elle est joie de vivre dans la confiance :
   Le joug des commandements et même celui des conseils, qui paraît si pesant, si gênant aux chrétiens ordinaires, semble doux et léger à l’âme qui se livre entièrement à Dieu ; elle s’étonne que Dieu lui demande si peu, et elle voudrait faire pour son amour mille fois davantage. C’est ce que David éprouvait lorsqu’il disait : « J’ai couru dans la voie de vos commandements, après que vous avez élargi mon coeur. » Auparavant il marchait avec peine et avec effort, il trouvait la voie trop dure et trop étroite, parce que son coeur était étroit et resserré. À présent que Dieu, en prenant possession de son coeur, lui a communiqué quelque chose de son immensité, il ne marche plus ; il court, il vole, nulle difficulté, nul obstacle, ne l’arrêtent.

Jean-Nicolas Grou (1731-1803), Manuel des âmes intérieures

   Dieu ne fait peur qu’à ceux qui ne le connaissent pas :
   Ils ont fui pour ne pas voir que tu les voyais, ces hommes sans justice ni repos, et dans leur aveuglement, ils se sont heurtés à toi, car tu ne délaisses rien de ce que tu as créé. Voulant se soustraire à ta douceur, ils se sont heurtés à ta justice. Qu’ils fassent donc demi-tour et qu’ils te cherchent, puisque s’ils ont abandonné leur Créateur, toi tu n’as pas abandonné ta créature. Qu’ils fassent demi-tour, et voilà que tu es dans leur coeur, dans le coeur de ceux qui te confessent, de ceux qui se jettent dans tes bras et pleurent dans ton sein au terme d’un pénible parcours. Et toi, doucement, tu essuies leurs larmes, et ils n’en pleurent que davantage, et ces larmes sont des larmes de joie, parce que c’est
toi, Seigneur, et non un homme de chair et de sang, oui, toi, Seigneur, qui les as créés, qui les as recréés, et qui les consoles.

Saint Augustin (354-430), Confessions

MÉDITER :

 

L'Auteur :

Grou (Jean Nicolas, 1731-1803)
   Né à Calais, le jeune Grou entre chez les jésuites à 15 ans. Brillant professeur de lettres à La Flèche, il s’exile en Lorraine lors de la suppression de la Compagnie en 1763. Bientôt à Paris, sa rencontre avec la visitandine Pélagie Lévêque l’ouvre à la mystique. Il se partagera désormais entre la direction spirituelle et la rédaction d’ouvrages connexes, notamment en Angleterre, où la Révolution française le force à un nouvel exil à partir de 1792.

Augustin (Saint, 354-430)
   Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Converti par la prédication de saint Ambroise (en 386) après une jeunesse orageuse et la parfaite éducation d’un rhéteur de l’Empire romain finissant, il est évêque d’Hippone en 395. Son oeuvre immense ouvre le Moyen Âge ; rédigée au moment où les invasions barbares marquent la fin de l’Antiquité, elle domine la théologie et la spiritualité occidentales.