Samedi 18 janvier 2020

Marie nous donne un Dieu « humanisé »

    Savez-vous ce que la Vierge nous a donné ? Pas moins que Dieu ! Et savez-vous comment elle nous l’a donné ? Humanisé ! En le tenant dans ses mains elle nous invite : « Venez et manger mon pain, buvez le vin que je vous ai préparé ! » (Prov 9, 5)

    Qui aurait pu souffrir la justice de Dieu avant qu’il ne pénètre les entrailles de la Vierge et qu’il en sorte humanisé pour traiter avec nous ? Qu’était Dieu sinon le vin pur que personne ne pouvait supporter ? Et qu’est-il devenu une fois humanisé, sinon le vin mélangé d’eau, ce vin que redoutaient les plus puissants et dont s’approchent désormais les tout-petits, pour qu’il les embrasse et les bénisse, lui qui a reproché à ses disciples de ne pas les laisser venir à lui ?

    Dieu est un pain très nourrissant, trop nourrissant pour la faiblesse de nos estomacs. Mais le pain que le nourrisson ne peut manger, sa mère le mange et le transforme en lait et ainsi peut-il s’en nourrir. C’est ainsi que la Vierge nous a donné Dieu, en nous le donnant enfant, couché dans une crèche, doux et humble, pour qu’aucun de ceux qui voudraient être guéris ne craignent de l’approcher ; car il invite les pécheurs à s’approcher de lui, leur disant qu’il est venu pour eux.

Saint Jean d’Avila (1499-1569), Sermon 68

MÉDITER :

    Nous avons ouvert l’année nouvelle avec la Vierge Marie, invoquée comme Mère de Dieu. Ce titre est essentiel pour comprendre toute la portée de ce que nous avons célébré récemment durant le temps de Noël : l’absolue communion de vie entre Dieu et l’homme en Jésus-Christ, rendue possible par une capacité préalable de l’homme à vivre la vie divine, ce que veut dire implicitement notre création « à l’image de Dieu ».

    En donnant son humanité à Dieu, Marie l’enfante en quelque sorte «à l’image de l’homme», le rendant à son tour capable de partager notre vie. Si bien qu’en Marie, créateur et créature, Dieu et l’homme, peuvent mener la même vie en une unique personne, qu’il s’agisse de Jésus ou de ceux qui par leur foi, partagent son destin. Et c’est pourquoi la mère de Jésus est aussi bien Mère de chaque chrétien, dans un enfantement qui dure autant que durera l’Eglise.

 

L'Auteur :

Jean d’Avila (Saint, 1499-1569)

Né près de Tolède d’une famille juive convertie, prêtre en 1526 après des études à Salamanque et Alcala. Établi en Andalousie, il y fut un modèle de pasteur dans l’esprit du Concile de Trente. Des confrères jaloux le feront enfermer deux années dans les prisons de l’Inquisition, où il traduira l’Imitation de Jésus-Christ et ébauchera son traité Audi Filia. Lié à tout ce qui a compté dans l’Espagne du XVIe siècle, écrivain fécond, prédicateur, directeur, son influence s’exercera notamment en France à travers saint François de Sales.