Dimanche 23 juin 2019

Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

"Dieu donne le pain aux affamés." (Ps 145)

Seigneur, ravissez à vous toutes mes affections, peines et passions ; que je sorte de moi-même pour demeurer uniquement en vous ; que je ne pense qu'à vous, en vous et pour vous ; que je n'aie d'amour qu'en vous ; que je ne craigne, et ne me réjouisse, et ne désire qu'en vous, et que je fasse usage de mes passions pour vous seul ; que votre grâce fasse mourir tant de craintes, espérances, tristesses et désirs naturels ; vous seul soyez l'unique objet de tout mon amour.

Jésus a dit dans l'Évangile qu'un passereau n'est pas en oubli devant Dieu. Pourquoi donc tant de crainte de manquer ? Dieu me donne son précieux Corps chaque jour, et il me dénierait du pain ! Je ne le saurais croire. Toute pensée contraire est du démon, ou de la nature trop discrète. Ma confiance doit être toute en Dieu seul.

Quand anéantirai-je toute la providence que j'ai au regard de ma personne, de mes affaires, de l'état de vie pauvre et abjecte, où la grâce m'appelle, pour entrer avec un pur abandon dans la divine Providence ? À quoi bon faire des réflexions sur ce qui m'arrivera ? Suivons simplement les desseins de Dieu, aimons uniquement son bon plaisir, et ne pensons qu'à Dieu seul, qui aura soin de nous en la meilleure manière pour sa gloire. J'avoue que c'est un effet de la grâce en nous, de nous faire anéantir notre providence, pour entrer en celle de Dieu. Il faut s'élever au-dessus de la nature qui s'appuie sur les créatures, et qui craint la disette et les souffrances en n'ayant rien de temporel, ce en quoi consiste le fondement de la vie naturelle.

Jean de Bernières-Louvigny (1602-1659), Le Chrétien intérieur, III, ch. 10

MÉDITER :

En nous créant à son image, Dieu savait que lui seul pourrait nous satisfaire. Le carême est l’occasion de retrouver cette faim de Dieu qui est à l’horizon de tous nos désirs, si souvent égarés dans des satisfactions qui s’avèrent illusoires : Seigneur, que je ne pense qu’à vous, en vous et pour vous ; que je n’aie d’amour qu’en vous ; que je ne désire qu’en vous : telle est notre prière de carême.

En se donnant à nous en nourriture dans l’eucharistie, Jésus viens assouvir cette faim de Dieu : toutes les autres nourritures sont pour devenir celle-là. La raison d’être de la terre est de faire pousser le blé, qui deviendra farine, qui deviendra pain, fruit de la terre et du travail de l’homme qui deviendra Jésus. Et cette destination à l’eucharistie mesure exactement l’ordre de l’univers et de l’Histoire, mesure exactement la Providence, toute chose prenant place dans la volonté du Créateur de se donner corporellement à sa créature : Jésus, en qui réside corporellement la plénitude de la divinité (Col 2, 9).

Et c’est cette Providence qui nous dispense de notre propre providence : toute chose est voulue et prévue par Dieu pour cette communion totale entre Lui et nous, qui ne laisse aucune place à la disette et aux souffrances, même si les difficultés nous rendent parfois cette Providence difficile à lire, et même si son chemin vers nous est devenu un chemin de croix depuis que le péché nous en a détournés : Seigneur, que votre grâce fasse mourir tant de craintes, espérances, tristesses et désirs naturels ; vous seul soyez l'unique objet de tout mon amour.

 

L'Auteur :

Bernières-Louvigny (Jean de, 1602-1659)

Fils d’un trésorier général de Caen, Jean de Bernières-Louvigny consacrera sa fortune et ses relations à l’animation du groupe mystique normand né autour du capucin Jean-Chrysostome de Saint-Lô, tout en assurant l’intendance de nombreuses entreprises missionnaires, et en fondant séminaires et hôpitaux à partir de son ermitage ouvert à ses nombreux amis contemplatifs.