Dimanche 9 décembre 2018

Deuxième dimanche de l’Avent

… jusqu’au jour où viendra le Christ Jésus. (Ph 1, 6)

La vie chrétienne, avènement du Christ en nous

   Le mot « avent », du latin adventus, c’est-à-dire « avènement », nous invite à vivre ce temps liturgique comme célébration d’une triple venue du Christ parmi nous : il est entré dans le temps en se faisant homme voici vingt siècles, il pénètre aujourd’hui notre vie par sa grâce, il se manifestera enfin dans sa gloire, c’est-à-dire dans sa condition divine, à la fin du temps.
   L’humanité a donc une histoire, avec un commencement et une fin, entre lesquels chaque événement trouve son sens ultime dans le mystère de l’Incarnation, si bien que nous comptons les années entre avant et après Jésus-Christ. Faute de ce repère essentiel, l’Antiquité païenne ne voyait dans les événements qu’un éternel recommencement, là où le chrétien la comprend comme l’accomplissement historique de ce mystère :
   Dans son premier avènement, Jésus-Christ se montra sur la terre et conversa avec les hommes ; dans le dernier, tout homme verra le Sauveur envoyé de Dieu (Lc 3, 6), et ceux qui l’ont crucifié pourront le contempler. L’avènement intermédiaire est caché, c’est celui dans lequel seuls les élus voient le Sauveur au-dedans d’eux, et ils en reçoivent le salut. Ainsi dans le premier avènement, Jésus-Christ vient dans notre chair et dans notre faiblesse ; dans celui du milieu, il vient spirituellement et donne sa force, et dans le dernier il apparaît dans sa gloire et dans sa majesté.

Saint Bernard (1090-1153), Sermon 5 pour l’Avent

   C’est le second avènement qui nous fait chrétiens, nous que Dieu a élus pour connaître l’Évangile et vivre de sa grâce. Au jour de notre baptême, le Christ est parvenu jusqu’à nous ; il dépend maintenant de nous de le laisser grandir en nous, de le laisser nous transformer en lui, « jusqu’à la plénitude de l’âge adulte dans le Christ » (Ep 4, 13) : « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, et nous demeurerons en lui » (Jn 14, 23).
   L’essence de la vie chrétienne est là, ne demandant que notre disponibilité à cette habitation du Christ en nous :
   Soyez saint, mon très cher, parce que le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ est saint, et parce que son Esprit qui doit vivre et agir en vous est saint. Entrez pleinement dans les desseins de sainteté que notre grand Maître a sur vous. Malheur à tout ce qui n’est pas amour, à tout ce qui n’est pas sainteté en vous ! Quittez-vous en toutes choses et en toutes circonstances, afin que l’Esprit de Jésus puisse demeurer, agir et vivre en vous, selon la douceur de la miséricorde de Dieu sur vous. Abandonnez-vous pleinement à cet Esprit de la souveraine sainteté, et non seulement il vivra pleinement en vous, mais votre vie ne sera plus la vôtre, ce sera celle de l’Esprit de Jésus-Christ, qui sera toutes choses en vous.

François Libermann (1802-1852), Lettre du 20 septembre 1837

   Tel est l’acte de foi que ce temps de l’Avent nous aide à former.

MÉDITER :

 

L'Auteur :

Bernard (Saint, 1090-1153)
   De noble famille bourguignonne, Bernard entre au monastère de Cîteaux en 1112. Bientôt abbé de Clairvaux, il est à l’origine d’un prodigieux renouveau monastique en Occident (celui des Cisterciens), caractérisé par l’attachement à la sobriété primitive de la règle de saint Benoît. Arbitre des conflits politiques, intellectuels et religieux de son temps, saint Bernard fut d’abord un immense mystique, dont l’influence, conjuguée à celle de saint Augustin, dominera la suite de la littérature chrétienne.

Libermann (François, 1802-1852)
   Fils d’un rabbin alsacien, baptisé à 24 ans au lendemain d’une conversion fulgurante, il s’oriente vers le sacerdoce qu’il ne recevra qu’à 40 ans du fait de sa santé précaire. Remarquable directeur spirituel, il est aussi l’un des grands acteurs de l’évangélisation de l’Afrique, à travers la Congrégation du Saint-Esprit qu’il relance en 1848.