Dimanche 2 août 2020

18ème Dimanche du Temps Ordinaire

Et voilà qu'il a de nouveau disparu !

   L’oraison est très différente du plaisir sensible qui accompagne souvent l’oraison. Sainte Thérèse remarquait que beaucoup d’âmes quittaient par découragement l’oraison dès que le goût sensible cessait, et que c’était quitter l’oraison quand elle commence à se perfectionner. La ferveur sensible se tarit-elle ? Aussitôt ces âmes se découragent, se relâchent, se dissipent et reculent. C’est toujours à recommencer : elles tournent comme une girouette à tout vent, elles ne suivent Jésus-Christ que pour les pains miraculeusement multipliés, elles veulent des cailles au désert, elles cherchent toujours, comme saint Pierre, à dresser des tentes sur le Thabor.

   Heureuse l’âme qui est également fidèle dans l’abondance sensible et dans la privation la plus rigoureuse ! Elle mange le pain quotidien de pure foi, et ne cherche ni à sentir le goût que Dieu lui ôte, ni à voir ce que Dieu lui cache : elle se contente de croire ce que l’Église lui enseigne, d’aimer Dieu d’une volonté toute nue, et de faire, quoi qu’il lui en coûte, tout ce que l’Évangile commande et conseille. Si le goût vient, elle le reçoit comme le soutien de sa faiblesse ; s’il échappe, elle en porte en paix la privation et aime toujours. C’est l’attachement au sensible qui fait tantôt le découragement, tantôt l’illusion ; au contraire, c’est cette fidélité dans la privation du sensible, qui préserve de l’illusion.

François de la Mothe-Fénelon (1651-1715), Lettre au Père Lami, du 26 octobre 1701

MÉDITER :

   L’oraison est très différente du plaisir sensible qui accompagne souvent l’oraison. Nous parlions jeudi de ces instants où Dieu se manifeste plus sensiblement, dérogeant, en quelque sorte, aux exigences de la foi, comme s’il renonçait momentanément à son invisibilité. Mais il s’agit bien d’une dérogation, et qui ne saurait constituer le régime habituel d’une vie spirituelle équilibrée. Le drame est que depuis le péché originel, nous nous attachons au sensible plus qu’au réel des choses : « j'ai remarqué, nous dirait saint François de Sales, que beaucoup ne font point de différence entre Dieu et le sentiment de Dieu, entre la foi et le sentiment de la foi, ce qui est un très grand défaut. » Si bien que les sentiments se refroidissant, le découragement s'installe et la relation se dégrade.

   Pour autant, heureuse l’âme qui est également fidèle dans l’abondance sensible et dans la privation la plus rigoureuse ! C’est la foi, et la foi seule, qui nous met en prière, et même si Dieu, comme une mère pleine de tendresse, nous fait parfois sentir davantage son amour, toutes les mères du monde savent que leurs enfants ne grandiront qu’en apprenant à marcher sur leurs pieds.

   N'ayons pas peur de ces périodes durant lesquelles Dieu semble se cacher : il n'est pas ailleurs, il est plus à l'intérieur, plus près de ce point où nous ne faisons qu'un avec lui en Jésus.

L'Auteur :

Fénelon (François de la Mothe, 1651- 1715)

De vieille noblesse périgourdine, prêtre en 1675, il devient précepteur de l’héritier du trône de Louis XIV, le duc de Bourgogne. Sa défense inconditionnelle de la mystique Madame Guyon face à Bossuet le conduira en disgrâce comme archevêque de Cambrai en 1695. Homme de Dieu et pas­teur exemplaire, dernier représentant du Siècle d’Or de la spiritualité française face au Jansénisme et au Gallicanisme envahissants, Fénelon fut un grand directeur spirituel dans la ligne de François de Sales.