Mardi 20 février 2024

Liturgie de ce jour : « Vous, donc, priez ainsi : Notre Père… »

Dans l’Antiquité chrétienne, deux choses étaient requises pour être baptisé : savoir le Credo et savoir le Notre-Père. Le carême nous invite à redécouvrir le Notre-Père, parce qu’il contient toutes les prières chrétiennes :
Si vous parcourez toutes les paroles des prières des saintes Écritures, vous ne trouverez rien qui ne soit contenu et enfermé dans l’oraison dominicale. On est libre de demander les mêmes choses en d’autres termes, mais on n’est pas libre de demander autre chose.
Saint Augustin, Lettre 130.
Que demander d’autre, en effet, que ce que le plus aimant des pères est disposé à nous donner ?
Il est tellement bon, qu’il est la bonté par essence, et la Charité même, et, dans ce sens, personne n’est bon que Dieu seul. Il a paru des saints qui ont merveilleusement participé à cette bonté divine. Et cependant les meilleurs parmi les hommes n’ont eu qu’un ruisseau, une rivière, ou tout au plus un fleuve de bonté, tandis que Dieu est l’océan de la bonté, une bonté inépuisable et sans limites. Après qu’il aura versé sur nous des bienfaits presque innombrables, qu’on ne le croie ni fatigué de se répandre, ni appauvri par ses dons : il lui reste encore infiniment de bonté à dépenser. À vrai dire, plus il donne, plus il s’enrichit ; car il y gagne d’être mieux connu, aimé et servi, du moins par les nobles cœurs. Il est bon pour tous : Il fait luire son soleil sur les bons et les méchants, il fait tomber la pluie sur les justes et les pécheurs. Il ne se lasse pas d’être bon : à la multitude de nos fautes il oppose la multitude de ses miséricordes, pour nous conquérir à force de bonté.
Vital Lehodey, Le saint Abandon.
Mais puisque notre Père est infiniment bon, pourquoi encore le prier ? Non pas pour qu’il nous donne davantage, mais pour que nous recevions davantage :
Le Seigneur notre Dieu n’a certes pas besoin que nous lui fassions connaître notre volonté car il ne peut l’ignorer, mais il veut par la prière exciter et enflammer nos désirs, pour nous rendre capables de recevoir ce qu’il nous prépare. Or ce qu’il nous prépare est chose fort grande, et nous sommes bien petits et bien étroits pour le recevoir.
Et pour cela,
Les paroles nous sont nécessaires pour nous exciter à recevoir ce que nous demandons et y être attentifs, non pour apprendre à Dieu nos besoins ni pour le fléchir. Ainsi, lorsque nous disons : « Que votre nom soit sanctifié, » nous nous avertissons nous-mêmes qu’il faut désirer que son nom, toujours saint, le soit toujours aux yeux des hommes, c’est-à-dire que ce nom ne soit point méprisé : ce qui est profitable non pas à Dieu mais aux hommes. Lorsque nous disons : « Que votre règne arrive, » nous excitons notre désir vers ce règne qui arrivera, que nous le voulions ou non, et nous demandons qu’il vienne pour nous et que nous méritions d’y avoir part.
Saint Augustin, Lettre 130.
Et c’est ainsi qu’un Notre Père bien dit chaque jour changerait la face du monde.

MÉDITER :

L´Auteur :

Augustin d’Hippone (Saint, 354-430)

Saint Augustin, fils d’un père païen et de la pieuse sainte Monique, le plus célèbre, le plus lu et le plus commenté des Pères de l’Église latine, est un berbère de l’actuelle Algérie. Son œuvre immense ouvre le Moyen Age ; rédigée au moment où les invasions barbares marquent la fin de l’Antiquité, elle domine la théologie et la spiritualité occidentales.

Lehodey (Vital, 1857-1948)

Né près de Coutances, Vital Lehodey entre à la Trappe de Bricquebec (Manche) en 1890, et en devient l’abbé en 1895.