Samedi 19 juin 2021

"Voici la servante du Seigneur."

Lorsque nous lisons le récit de l'Annonciation, nous voyons en Marie le parfait accord entre volonté de Dieu et volonté de l'homme, anticipant en quelque sorte la parfaite union entre nature divine et nature humaine en l'unique personne de Jésus :

L’Incarnation du Verbe ne fut pas seulement l’œuvre du Père, de sa vertu et de l’Esprit, le Père décidant, l’Esprit survenant, la vertu du Père couvrant la Vierge de son ombre ; mais elle fut aussi l’œuvre de la volonté et de la foi de la Vierge. De même que, sans ces trois, un tel dessein ne pouvait s’opérer, de même, sans le consentement et la foi de l’Immaculée, le conseil divin ne pouvait se réaliser.

De même que Dieu a été conçu parce qu’il l’a voulu, de même Marie conçût de sa propre volonté, et devînt mère par une libre adhésion ; pour qu’admise à participer aux plans de Dieu, elle ne fût pas un simple instrument passif entre les mains de l’artiste, mais qu’elle s’offrît d’elle-même et devînt la coopératrice de Dieu pour la providence du genre humain, associée ainsi à la gloire qui devait en résulter.

Nicolas Cabasilas (1320-1391), Homélies sur la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu

Mais pourquoi sommes-nous incapables de cette même coopération à la volonté de Dieu ? Quelque chose est faussé en nous, et cela depuis le péché originel :

La cause pour laquelle nous ne pouvons renoncer si absolument à nous-mêmes pour la volonté de Dieu, n’est autre que celle-ci : nous pensons qu'en lui obéissant, nous perdrions ce que nous désirons et notre propre contentement.

Benoît de Canfield (1562-1610), Règle de Perfection, I, 19

Et pourtant, Dieu ne veut jamais que notre bonheur :

Si nous considérons que Dieu ordonne et dispose tout ce qui se passe au monde, qu'il dispose toutes choses pour sa gloire et pour notre plus grand bien, et que sa disposition est très juste et très aimable, nous n'attribuerons pas les choses qui arrivent, ni à la fortune ou hasard, ni à la malice du diable ou des hommes, mais à l'ordonnance de Dieu, que nous aimerons et embrasserons tendrement, sachant très assurément qu'elle est très sainte et très aimable, qu'elle n'ordonne et ne permet rien que pour notre plus grand bien et pour la plus grande gloire de notre bon Dieu, laquelle nous devons aimer par-dessus toutes choses, puisque nous ne sommes au monde que pour aimer et procurer la gloire de Dieu.…

Saint Jean Eudes (1604-1650), La Vie et le Royaume de Jésus, II, XXXI

Quel sera donc le remède ?

Vivre au jour la journée, heure à heure, moment à moment, sans m’embarrasser de tout l’avenir, ni du jour de demain. Demain aura soin de lui-même : le même qui nous soutient aujourd’hui nous soutiendra demain par sa main invisible. Ne nous faisons pas, par notre industrie et par notre prévoyance inquiète et aveugle, une providence aussi fautive que celle de Dieu est éclairée et pleine d’assurance.

Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), Lettre 19

MÉDITER :

L´Auteur :

Cabasilas (Saint Nicolas, 1322 -1391)

Né à Thessalonique de son patronyme Nicolas Chamaétos, est un auteur byzantin au XIVe siècle. Conseiller et ami de l'empereur Jean VI Cantacuzène, il fut un grand théologien laïc qui marqua la renaissance culturelle et mystique de Byzance, proche de l'école de spiritualité de l'hésychasme et de Grégoire Palamas. Saint orthodoxe canonisé en 1983 par le patriarche de Constantinople.

Canfield (Benoît de, 1562-1610)

Noble anglais converti au catholicisme à 23 ans, il devient capucin en France, où il sera l'un des grands acteurs du courant mystique autour de 1600.

Eudes (Saint Jean, 1601-1680)

Né dans une famille paysanne normande, Jean étudie chez les jésuites, puis entre à l'Oratoire de France. Prédicateur infatigable, recours de tous les pauvres, il incarne la Normandie mystique du XVIIe siècle. Fondateur des eudistes, son influence sur le clergé français traversera les siècles.

Caussade (Jean-Pierre de, 1675-1751)

D’une noble famille du Quercy, il étudie chez les jésuites de Cahors avant d’entrer dans la Compagnie. Il y sera professeur, prédicateur et directeur spirituel. Proche de Fénelon et de la tradition salésienne, il représente leur ligne mystique au moment où le jansénisme commence à étouffer l’âme française.