Dimanche 20 octobre 2019

Sainte Adeline

Abbesse à Mortain (✝ 1125)

Marie nous ouvre le chemin du Christ

En une certaine façon, la Vierge est plus créature de Dieu et de son Fils que le reste du monde, pour autant que Dieu a créé en elle beaucoup plus de perfections qu'en tout le reste des créatures, qu'elle est plus rachetée que tout le reste des hommes, parce qu'elle a été rachetée non seulement du péché, mais du pouvoir et de l'inclination même du péché, et que racheter la liberté d'une personne qui devrait être esclave avant qu'elle le soit, est une grâce plus grande que de la racheter après qu'elle est captive.

Nous la nommons belle, et belle plus que tout le reste des créatures, mais belle comme la lune qui reçoit sa clarté de celle du soleil, car elle reçoit sa gloire de celle de son Fils. L'épine appelée spalatus, dit Pline, n'est pas de soi odoriférante ; mais si l'arc en ciel vient fondre sur elle, il lui laisse une odeur de suavité incomparable. La Vierge fut l'épine de ce buisson ardent mais non brûlé que vit le grand Moïse. Et certes, de soi, elle n'était digne d'aucun honneur, elle était sans odeur ; mais puisque ce grand arc du ciel, ce grand signe de la réconciliation de Dieu avec les hommes, vint petit à petit fondre sur cette sainte épine, premièrement par grâce dès sa conception, puis par filiation, se rendant entièrement son Fils et reposant en son précieux ventre, la suavité en a été si grande que nulle autre plante n'en a jamais tant eu, suavité qui est tant agréable à Dieu, que les prières qui en sont parfumées ne sont jamais déboutées ni inutiles ; mais toujours l'honneur en revient à son Fils duquel elle a reçu son odeur.

Saint François de Sales (1567-1622), Sermon du 15 août 1602

MÉDITER :

   Dans la Liturgie, nous rencontrons parfois le prophète Isaïe qui parle de la revanche de Dieu, dont la gloire vient renouveler notre terre après les dégâts du péché : en Marie, Dieu va immédiatement jusqu’au bout de ce renouvellement, puisque d’avance, il lui donne tous les bénéfices de l’œuvre du Christ, là où le reste de l’humanité ne les reçoit que progressivement, au fil de sa croissance dans la foi. En effet, racheter la liberté d'une personne qui devrait être esclave, avant qu'elle le soit, est une grâce plus grande que de la racheter après qu'elle est captive.

Marie n’eut aucun mérite en cela, sinon celui d’accepter ce qu’Ève avait refusé : la foi en son créateur. Moyennant quoi tous ses privilèges sont l’effet de cette œuvre du Christ qui a pu se déployer en elle sans aucun des freins que nous y mettons : comme la lune reçoit sa clarté du soleil, Marie reçoit la sienne de son Fils.

Et cela nous permet de comprendre la place de Marie dans notre vie chrétienne, et d’abord dans notre prière : nous adresser à elle et chercher à vivre ce qu’elle a vécu, c’est former en nous l’acte de foi qui a fait d’elle la première des chrétiennes et la mère de tous les chrétiens.

 

L'Auteur :

François de Sales (Saint, 1567-1622)

    Né en 1567 au château de Thorens, entre Annecy et Genève, aîné d’une ancienne et noble famille savoyarde, saint François de Sales était destiné à une brillante carrière politique. Malgré les réticences de son père, après ses études à Paris et à Padoue, il entre dans les ordres et devient bien vite un modèle de pasteur réformateur dans l'esprit du Concile de Trente. Sa patience et sa douceur ramènent au catholicisme le nord de la Savoie, la force de sa prédication raniment la ferveur de son diocèse dont il devient l’évêque en 1602, la profondeur et l’intelligence de son enseignement en font le grand éducateur des âmes du XVIIe siècle. Par ailleurs, il inaugure une nouvelle forme de vie consacrée en fondant la Visitation avec Jeanne de Chantal. L’amitié spirituelle du fondateur et de la fondatrice, telle qu’en témoigne leur magnifique correspondance, fait partie des plus belles pages de l’Histoire de la sainteté. Se dépensant sans compter sur tous les terrains malgré une santé fragile, François achèvera sa vie à Lyon le 28 décembre 1622.

    L'activité pastorale épuisante de François de Sales reposait sur une vie intérieure des plus riches, dont témoignent autant son enseignement "grand public" (dans l'Introduction à la Vie dévote, le plus diffusé des ouvrages de formation chrétienne à l’époque moderne, et dans sa correspondance) que son magistral Traité de l’Amour de Dieu, qui l’impose comme un immense théologien.

    Directeur spirituel, prédicateur, conseiller du pape et des princes, écrivain… : un des maîtres absolus de la contre-réforme catholique !